Coupe rase en Creuse : 14 hectares menacés, des manifestants stoppent les engins à Saint-Sulpice-le-Guérétois
Publié il y a 4 heures
« Ce n’est pas le nombre de manifestants qui compte », dit Patrick Chevalier (membre du réseau Forêt limousine et Canopée), en préambule de la mobilisation qui s’est tenue aux abords de la forêt de Saint-Sulpice-le-Guérétois. Ce jeudi matin, au lieu-dit Bois Chardet, ils sont une quarantaine à s’être joints les uns aux autres contre le projet de coupe rase.
Dialoguer et bloquer
Pour le cortège, l’objectif est clair : d’une part, il faut entamer le dialogue avec les exploitants et, de l’autre, freiner l’avancée des coupes rases. Dans ce groupe, on trouve des habitants inquiets, des membres du réseau Canopée ou encore ceux du réseau Forêt limousine. En tête de cortège, Patrick Chevalier tient dans ses mains un dossier qui recense les conséquences du projet. Avant d’aller voir l’étendue des dégâts, il explique : « Le projet dans son ensemble concerne 14 hectares, pour le moment deux ont été détruits. Mais nous savons que ce projet menace une trentaine d’espèces protégées ». Et d'ajouter :« Nous ne sommes pas contre l’exploitation de la forêt, mais il faut à tout prix arrêter avec les coupes rases, il existe d’autres alternatives. »
À ses côtés, Carmen Munoz, cofondatrice de l’association Carduelis, révèle davantage de détails sur les menaces qui pèsent sur la forêt : « On parle de 27 espèces d’oiseaux et de neuf espèces de chauves-souris qui sont directement impactées par ce projet alors que la législation interdit de détruire leurs zones d’habitation ; donc nous, ce qu’on souhaite, c’est que la préfecture arrête ce chantier ».
Sur la route pour observer les deux hectares déjà rasés, Julien Vitier, naturaliste en charge du rapport d’expertise, rappelle l’importance de ces espèces pour la biodiversité : « Plus il y a d’espèces, plus il y a de régulation et plus le système est stable. La plupart des espèces menacées ici sont insectivores ; s’ils ne font pas leur travail, il y aura des conséquences sur l’homme ».
À quelques mètres, Frédérique écoute attentivement le discours et, lorsqu’on l’interroge sur cette zone humide, elle répond de manière craintive : « La raréfaction en eau m’inquiète.
En Creuse, nous avons peu de nappes phréatiques, donc la captation principale se fait par les forêts ». Après avoir constaté les dégâts potentiels, l’heure est au blocage. David prend la tête du cortège et se rend en face d’une première abatteuse et tente de dialoguer avec le responsable des Comptoirs des bois de Brive, sans succès.
De son côté, le directeur des Comptoirs des bois de Brive, Stéphane Corée, tempère et comprend la crispation, mais l’exploitant considère que le débat doit se porter davantage sur des choix politiques que sur des blocages locaux. Il ajoute : « Sur de petites surfaces, l’impact négatif n’est pas démontré. Cela apporte de la lumière nécessaire à certaines espèces végétales et permet de limiter les risques d’incendie ».