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"On est plutôt confiants" : vers une avancée significative pour la restauration du petit théâtre de Guéret ?

Publié il y a 18 heures

Illustration
L'association Masquarades se bat pour la survie du petit théâtre de Guéret (illustration). © Radio France - Sophie Peretti

Où en est-on des travaux du petit théâtre à l'italienne de Guéret ? C'est la question en suspens depuis plus de trois ans. Mais lors de l'assemblée générale de l'association Masquarades, qui se bat pour la survie du lieu, l'arrivée prochaine d'un expert de la Fondation du patrimoine a été annoncée.

C'est ce qu'on appelle un coup de théâtre ! Vendredi soir, lors de l'assemblée générale de l'association Masquarades, qui se bat pour la survie du petit théâtre à l'italienne de Guéret, la maire de Guéret Marie-Françoise Fournier a annoncé une avancée. Il faut dire que les travaux du lieu sont en suspens depuis plus de trois ansdepuis la venue de Stéphane Bern et du président Emmanuel Macron en septembre 2022.

Depuis trois ans, aucune avancée majeure n'avait été annoncée, hormis le coût des travaux pour restaurer la salle et la remettre aux normes actuelles d'une salle de spectacle : 8 millions d'euros, une somme beaucoup trop importante pour la ville de Guéret, sans soutien financier. Mais la Fondation du patrimoine, qui semblait s'être désintéressée du projet, va envoyer dans les prochains jours un de ses experts pour réévaluer le coût des travaux, une évaluation qui permettra ensuite de solliciter des mécènes.

L'association Masquarades attend "une vraie volonté politique"

Cette annonce est un vrai soulagement pour Séverine Pateyron, la présidente de l'association Masquarades. "Alors on est plutôt confiants et contents de cette dernière nouvelle annoncée par Marie-Françoise Fournier, puisque la Fondation du patrimoine délègue quelqu'un pour venir réétudier le budget, ce qu'on demandait depuis plusieurs mois", développe-t-elle. "Donc là, peut être qu'on aura un budget moins important et qui nous permettra enfin de lever d'autres fonds puisque les mécènes ne sont plus là, malheureusement, sur ce budget. La venue de Stéphane Bern et du président Macron était un vrai coup de projecteur. On n'a pas pu surfer sur cette vague et malheureusement, c'est là, à mon avis, où on perd du temps. On avait trouvé des solutions sur beaucoup de points que la municipalité nous avait mis en avant, et au final, on ne s'est pas servi de l'expérience de l'association. On connaît très bien le bâtiment, on a une expertise de part aussi les personnes qui composent l'association, donc je pense qu'on n'a pas mis notre expérience à profit et c'est dommage."

Elle comprend aussi les inquiétudes et les réticences face à ce projet : "C'est un budget important en termes de restauration, et les gens s'inquiètent toujours sur la question de l'exploitation et la gestion du théâtre, on comprend ces interrogations", admet-elle. "En plus il y a deux autres salles à Guéret, l'une très grande et l'autre plus petite de la taille du petit théâtre. Sauf que le théâtre, c'est un vrai lieu : tous les artistes qui y sont passés nous disent qu'il les porte. Et aujourd'hui, les artistes retournent vers ces petites salles. Donc c'est une vraie volonté politique et un vrai coup de main qu'il nous faut pour pouvoir faire progresser le projet."

Marie-Françoise Fournier espère attirer des mécènes via la Fondation du patrimoine

La maire sortante, et candidate à sa réélection, est consciente du délai d'attente de trois ans, qui est lié à des études de chantier très poussées"C'est un patrimoine classé, donc avant que notre maître d'œuvre puisse commencer à évaluer les travaux nécessaires, il a fallu des études architecturales et historiques faites par des spécialistes. Ensuite le maître d'œuvre a dû analyser tous les besoins du petit théâtre en matière de restauration historique et de restauration pour en faire une salle de spectacle, et donc cette étude a été très longue. Uns fois rendue, nous avons pris contact avec la Fondation du patrimoine pour voir de quel soutien on pouvait bénéficier au vu de l'importance de la facture. Et la Fondation du patrimoine a mis un an à nous répondre et à nous dire comment on pourrait activer de grands mécènes en passant par elle."

Elle entend les critiques de ses opposants sur le coût annoncé des travaux, à savoir 8 millions d'euros : "Au jour d'aujourd'hui, on a une facture qui est peut-être très élevée, mais c'est quand même un spécialiste qui l'a faite. Je lui ai demandé de revoir sa facture en se basant sur une simple restauration patrimoniale, qui est beaucoup moins onéreuse. Mais ça sera juste du patrimoine à visiter, on ne le fera pas vivre, mais ça peut venir après. Donc il faut que dans les deux scenarii, on arrive à voir quelle sera la part de la ville de Guéret, et ce qu'on peut attendre de mécènes extérieurs." Elle espère toucher des grosses entreprises via la Fondation du patrimoine, qui accepteraient de soutenir le projet en échange d'une déduction fiscale.

Quant au timing de cette annonce, à quelques semaines des élections municipales, elle veut être très claire : "La Fondation du patrimoine a été relancée après la réunion avec Masquarades mi-février. Je suis désolée que ça arrive à trois semaines des élections, mais je le prends quand ça vient, car c'est une très bonne nouvelle. Après, celui qui sera là mènera le projet, ou ne le mènera pas, parce que je pense que tout le monde n'est pas unanime. Mais franchement, je n'ai pas encore le pouvoir d'actionner la Fondation du patrimoine pour qu'elle me serve dans mon action électorale."

Thierry Delaitre veut faire du petit théâtre un outil d'attraction culturelle

L'autre grand soutien historique du projet est Thierry Delaitre, candidat divers droite. Il maintient son soutien à la rénovation du petit théâtre avec l'association Masquarades, en espérant pouvoir réduire le coût des travaux"Entre le budget qui nous avait été présenté initialement, autour d'un peu plus de 2 millions d'euros, et celui qui est sorti des dernières études diligentées par la municipalité, on est dans un écart de 1 à 3,5, donc il y a sans doute moyen de trouver des compromis", affirme-t-il.

Il veut surtout faire du petit théâtre un outil d'attraction culturelle : "Guéret doit s'inscrire dans un parcours touristique et culturel, et aujourd'hui, ce n'est pas le cas. La ville préfecture ne peut pas ne pas exister entre Aubusson et Crozant. Ce sont les touristes CSP que l'on veut attirer en Creuse, et pour ça, on doit avoir un parcours culturel entre la Cité de la Tapisserie, la vallée des peintres, Crozant et Guéret, c'est indispensable. Et le petit théâtre pourrait être un outil de patrimoine architectural, et donc de l'existence de Guéret dans le département."

Eric Correia plaide pour un "projet populaire"

À l'inverse, Benjamin Bodeau, colistier d'Eric Correia, candidat divers gauche, défend un projet financé par un partenariat : "La ville ne peut pas être le seul intervenant à mener ce projet, il faut trouver d'autres sources de financement. Donc nous, on pense que la meilleure solution, c'est d'envisager un partenariat public-privé", propose-t-il.

L'idée serait aussi de porter un projet de théâtre populaire : "L'idée serait que la mairie garde la main sur la programmation, sur la fréquentation, sur le projet culturel qui est mené. Si on mène à bien cette réalisation, on veut qu'elle puisse profiter à l'ensemble des Guérétois et Guérétoises, un projet populaire qui ne soit pas dans l'élitisme."

"On est allé au-delà du raisonnable", estime Philippe Micard

Philippe Micard, candidat divers droite, ne cache pas son scepticisme sur ce projet de rénovation du petit théâtre : "Le chiffre de 8 millions 300.000 euros semble complètement fou, c'est juste impossible pour la ville de Guéret. Donc, on a une façon de dire oui qui veut dire non, et on peut rêver en couleurs, mais jamais on n'arrivera à mettre en place un tel projet", assène-t-il. "Même en ajustant à la baisse, c'est encore trop pour Guéret qui a des ressources financières assez limitées et je pense cette rénovation ne doit pas être portée par Guéret seule. Il faut être réaliste."

Selon lui, le bâtiment est trop abîmé pour un tel projet de rénovation : "Quand j'entends qu'il y a des fuites, il faut peut être se poser des questions sur comment on peut déjà protéger le bâtiment. Je suis pragmatique, et pour moi, il faut avoir un plan d'action qui tient la route : le rêve ne coûte rien, mais lorsqu'on veut réaliser des rêves, ça peut coûter très cher." Et il n'est pas convaincu non plus par la pertinence réelle du projet. "Sincèrement, le petit théâtre, je n'en ferai pas une priorité pour Guéret. Je n'en garde pas un souvenir inoubliable et je pense qu'on a on a idéalisé une salle, qui était certes intéressante, mais on est allé au-delà du raisonnable. Il y a toujours le problème de de l'investissement pour la rénovation et ensuite il y a le coût de l'exploitation, qui est important", souligne-t-il.

Enfin, pour Eric Rapinat, candidat divers droite aussi, le projet de restaurer le petit théâtre pourrait s'inscrire dans un grand projet de rénovation : "En regardant les salles de Guéret et notamment celles qui vont être à rénover prochainement, on en profitera peut-être pour rénover le petit théâtre", promet-il. "Certaines salles vont demander une restructuration prochainement et je pense que c'est le moment de regarder le projet du petit théâtre, qui sera nécessairement moindre au niveau des coûts, avec la disparition d'une salle au profit d'une nouvelle salle."

Les deux autres candidats à la mairie de Guéret, le socialiste Didier Hoelgen et l'insoumis François-Louis Coulon, n'étaient pas présents à l'assemblée générale de Masquarades.

Auteur : Pheline Leloir-Duault
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